Rencontrez Didier Chabaud, chercheur partenaire de notre nouvelle recherche collaborative.

Pour notre Recherche Collaborative sur les relations entre Startups & Grands-groupes, nous avons sollicité Didier Chabaud, professeur de stratégie et d'entrepreneuriat à l'IAE de Paris et directeur de la Chaire Entrepreneuriat Territoire et Innovation. Il nous partage dans cette interview sa vision du sujet et comment il envisage son rôle dans notre aventure apprenante !



C&R : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos sujets de recherche ?


Didier Chabaud : Je m’intéresse depuis près d’une vingtaine d’années aux dynamiques entrepreneuriales. Comment un porteur de projet – ou une équipe – parvient à créer de la valeur, une entreprise et à se développer. Au départ, mes travaux se sont concentrés sur l’entrepreneur (seul ou en équipe) et à la façon dont on peut l’accompagner. Très vite, cependant, je me suis rendu compte que cette dynamique de création de valeur peut être portée par un individu (l’entrepreneur), dans une logique de reprise d’entreprise (repreneur), mais aussi au sein des entreprises (l’intrapreneur).


Les questions importantes qui ressortent alors relèvent :

  • De la capacité à créer un projet entrepreneurial, construire ou trouver des opportunités de marché,

  • Mais aussi à gérer la croissance, le développement du projet : l’idée de scale-up, passage à l’échelle, est alors ici importante.

Comprendre ces aspects nécessite également d’être attentif au contexte dans lequel se situe l’entrepreneur. C’est pourquoi, après avoir travaillé sur l’accompagnement de l’entrepreneur (incubateur), je m’intéresse à la façon dont on peut créer des contextes ou des écosystèmes favorables au développement de l’activité entrepreneuriale. Cela a orienté mes travaux vers les pôles de compétitivité ou, plus récemment, la création des dynamiques territoriales d’entrepreneuriat et d’innovation.


C&R : Quelle est l'actualité de la problématique des relations entre Startups & Grands Groupes ?


DC : Pour moi, il s’agit plus d’un sujet dont on redécouvre l’actualité dans un contexte nouveau que d’un sujet nouveau. Sans revenir à l’essor de la Silicon Valley, rappelons-nous, la vague internet – les dotcoms – des années 90 et les débats d’alors sur le click-and-mortar, l’avènement ultra-rapide de ce qu’on appelait alors la nouvelle économie. Déjà la question des relations entre startups & grands groupes s’était posée avec acuité. De nombreuses entreprises (r)achetaient des startups pour acquérir de la technologie ou accéder à des marchés… et l’on voyait apparaître la question du corporate venturing (je pense notamment aux travaux de Sébastien Jumel et Gilles Garel).


Aujourd’hui, la question s’éclaire d’un jour nouveau. Un effet de contexte y joue un rôle : la prise de conscience que nous visons des mutations majeures, tant technologiques (digitalisation, IoT, IA, etc.), qu'environnementales et sociétales, qui vont impacter les produits/services et les façons de faire, et favoriser la « disruption » dans de nombreux secteurs.


Ces mutations sont relayées par deux changements majeurs : (1) le développement de l’innovation ouverte, et (2) l’évolution en profondeur des écosystèmes d’innovation. On observe d’un côté l’essor des intermédiaires tels que les RTOs, à l’image des Frauhnofer en Allemagne, de CEAtech en France, et des sociétés d’ingénierie. De l’autre, le phénomène des startups, nourri par le développement du capital investissement, des fablabs, des tiers lieux, et autres accélérateurs, amplifie le phénomène. Ce n’est, du coup, pas un hasard, si à l’heure de la « startup nation », on observe une profusion d’études et rapports qui convergent pour affirmer que toutes les grandes entreprises aujourd’hui s’intéressent au sujet de la relation entre Startups & Grands Groupes.


C&R : Quels sont pour vous les principaux enjeux d'un sujet sur les relations entre Startups & Grands Groupes ?


Pour le coup, l’enjeu me semble être, à notre niveau, de réellement faire le point sur ces relations entre Startups & Grands Groupes, et de décortiquer ce qui se passe, en comprenant ces relations, mais aussi en les inscrivant dans la stratégie de l’entreprise, qu’il s’agisse de sa stratégie globale, sa stratégie d’innovation, d’organisation ou de ressources humaines.


L’enjeu est alors de comprendre de quoi l’on parle réellement, de saisir la diversité des dispositifs, mais aussi de discuter la nécessité d’une vision globale de ceux-ci. Derrière la multiplication des expérimentations, comment définir une politique globale ? Pense-t-on les relations dans une logique d’exploration – pour stimuler la créativité, accéder à des technologies ou repenser les usages – et/ou dans une logique d’intégration au sein de la grande entreprise ?


Il s'agit, plus largement, de différencier ce qui relève de l’effet de mode, de ce qui relève de tendances profondes, et prendre le temps de retirer les leçons de toutes les expérimentations qui sont conduites. Il nous faut alors être attentif au « comment » de ces relations : apprendre à faire travailler ensemble startups et grands groupes est important, en saisissant les particularités de chacun. Il importe alors concrètement de voir comment travailler ensemble, selon quelles modalités.


Mais, au-delà de cela, la question des relations entre Startups & Grands Groupes conduit à s’interroger sur les modes de fonctionnement et la culture de la grande entreprise : on peut travailler avec des startups, mais aussi introduire « l’esprit startup » en interne… Digital factories, fablabs et autres dispositifs intrapreneuriaux sont alors intéressants à étudier ici.


C&R : En quoi ce sujet peut-il nous aider à penser les nouveaux écosystèmes d'innovation ?


Le sujet me semble réellement au cœur des nouveaux écosystèmes d’innovation, à la fois parce qu’il se nourrit de ceux-ci et les construit. Les changements dans le management de l’innovation, et l’innovation ouverte conduisent à faire des relations entre Startups & Grands Groupes quelque chose de naturel, en développement, qui appelle de nouvelles façons de travailler, d’innover.


En retour, l’investissement des grands groupes dans ces relations renforce les évolutions, et fait apparaître de nouveaux acteurs, et de nouvelles façons de manager. L’essor des Open Labs et

plateformes d’innovation, le développement des accélérateurs indépendants et corporate deviennent des marqueurs forts des écosystèmes d’innovation.


C&R : Qu'aimeriez-vous partager avec les entreprises partenaires au cours de cette recherche collaborative ?


L’idée de recherche collaborative me semble fondamentale. Les recherches sur les relations entre Startups / & Grands Groupes, l’innovation ouverte et les écosystèmes d’innovation sont en plein essor et prennent appui sur des partenariats avec des entreprises, d'autres organisations et des collectivités. Partager les recherches, leurs résultats, est important, mais plus encore, cette recherche collaborative me semble l’occasion d’échanger sur les problèmes auxquels les entreprises sont confrontées, les pratiques qu'elles mènent, et la façon de les faire évoluer. Ce faisant nous pourrons, j’espère, mieux comprendre, mais aussi aider à mieux construire les relations entre Startups & Grands Groupes.


C&R : Qu'attendez-vous des entreprises partenaires au cours de cette recherche ?


Construire ensemble une recherche n’est possible que si l’on souhaite travailler ensemble, se challenger, et s’engager. Nous avons, au début de la recherche, une vision de ce qui existe, de ce qui se fait, qui fonctionne ou non, des expériences qu’il faut aller découvrir en France ou à l’étranger. Mais, c’est en échangeant avec nos partenaires, avec les experts – praticiens ou chercheurs – que l’on va co-construire la recherche, et parvenir à comprendre ces relations entre Startups & Grands Groupes , pour mieux agir en retour.


N'hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus sur notre sur notre Recherche Collaborative !

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